regnum Carolingōrum

capitulaire

  • Fils de Pippinus tertĭus Francĭa, Carolus prīmus FrancĭaCharlemagne est sans aucun doute le souverain qui marque le plus l’époque Carolingienne, par la longévité de son règne, mais aussi grâce à son charisme et à ses conquêtes militaires. Après les assemblées qui réunissent les Grands du royaume les plaids, des ordonnances, découpées en chapitres d’où leur nom de capitulaires sont émises par la chancellerie du Palais : elles sont une source précieuse pour l’étude de la période.
  • À un autre niveau, plus idéologique que politique, c’est aussi aux lettrés chrétiens que l’on doit la naissance d’une nouvelle idée de l’État. Celle-ci se veut au départ une restauration de l’Empire Romain, pourtant elle repose sur des fondements très différents en légitimant la royauté : profondément chrétienne, elle fait du Rroi des Francs un nouveau David. L’idée de l’unité du royaume semble un temps l’emporter avec la renaissance de l’Empire d’Occident, à la noël 800.
  • Du point de vue culturel, l’époque de Carolus prīmus FrancĭaCharlemagne, de son fils Hludowic Ier des Francs et de ses petits-fils est connue sous le nom de Renaissance Carolingienne. L’enseignement classique en particulier celui du latin est remis à l’honneur, après avoir été dénaturé et délaissé à la fin du règne des Mérovingiens. Cependant, la langue latine est désormais quasi exclusivement la langue du clergé, les milieux militaires lui préférant le francique : cette évolution inéluctable va faire du latin une langue morte et donner naissance aux ancêtres des langues nationales que sont le français et l’allemand : le roman et le tudesque.
    • De toutes les guerres de Carolus Ier des FrancsCharlemagne, celles qu’il entreprit contre les Lombards sont les plus importantes par leurs conséquences politiques et celles aussi où se montre le plus clairement le lien qui rattache intimement la conduite de Carolus Ier des Francs à celle de son père. L’alliance avec la papauté les imposait, non seulement dans l’intérêt du pays, mais dans celui même du Roi des Francs. Pippin IIIème des FrancsPépin le Bref avait espéré, à la fin de son règne, un arrangement pacifique avec les Lombards. Carolus Ier des Francs épousa la fille de leur Roi Lombards Desiderius di Lombardie. Mais ce mariage ne servit à rien. Les Lombards continuèrent de menacer Rome et leur roi noua même contre son gendre de dangereuses intrigues avec le duc des Bavarois et avec la propre belle-sœur de Carolus Ier des Francs.
    • couronne-italie-carolingien-royaume-lombard

    • En 773, Carolus Ier des FrancsCharlemagne intervient à la demande de l’Évêque de Rome Adrien Ier contre Desiderius di Lombardie. L’armée franque traverse les Alpes durant l’été 773, met le siège devant Pavie en septembre et occupe assez facilement le reste du Royaume Lombards. Pavie affamée et en proie à des épidémies tombe en juin 774. Carolus Ier des Francs s’adjuge lui-même le titre de Roi des Lombards Gratia Dei Rex Francorum et Langobardorum roi des Francs et des Lombards par la grâce de Dieu le 10 juillet 774 tandis que certains historiens affirment qu’il est proclamé roi par l’Archevêque de Milan Tomaso Grassi qui lui aurait posé la Couronne de Fer de Lombardie corona di ferro sur la tête. Carolus Ier des Francs prend alors le titre de Roi des Lombards ; Desiderius di Lombardie est envoyé comme moine à Corbie, le reste de sa famille est aussi neutralisé, à l’exception de Adalgis di Lombardie qui se réfugie à Constantinople. Le duché de Spolète se soumet à la domination franque en acceptant comme duc un protégé l’Évêque de Rome, Hildebrand (en). Le duché de Bénévent reste aux mains de Arichis IIème de Bénévent, gendre de Desiderius di Lombardie, mais doit fournir des otages, en particulier son fils Grimoald de Bénévent, qui sera élevé à la cour. En 776, les Francs conquièrent le duché de Frioul.
    • En 781, le second fils de Carolus Ier des FrancsCharlemagne, Carloman, alors rebaptisé Pippin Ier d’Italia, est couronné à Rome Roi d’Italia, titre qui ne correspond pas à un État formel ; par la suite, Pippin Ier d’Italia assume sous le contrôle de Carolus Ier des Francs la fonction de Roi des Lombards. La principale personnalité du royaume au début du règne de Pippin Ier d’Italia est Adalhard des Francs, cousin de Carolus Ier des Francs. Les problèmes sont assez nombreux : relations avec Adalgis di Lombardie et avec les Byzantins.
    • Ainsi, l’État Lombards, dont la naissance avait mis fin à l’unité politique de l’Italie, attira sur elle, en mourant, la conquête étrangère. Elle était désormais qu’un appendice de la monarchie franque et elle ne devait s’en détacher, à la fin du IXème siècle, que pour tomber bientôt après sous la domination allemande. Par un renversement complet du sens de l’histoire, elle qui avait jadis annexé le nord de l’Europe était maintenant annexée par lui ; et cette destinée n’est en un sens qu’une conséquence des bouleversements politiques qui avaient transporté de la Méditerranée au nord de la Gaule le centre de gravité du monde occidental.
    • Et pourtant, c’est Rome, mais la Rome des Évêques de Rome, qui a décidé de son sort. On ne voit pas quel intérêt aurait poussé les Carolingiens à attaquer et à conquérir le Royaume Lombard si leur alliance avec la papauté ne les y avait contraints. L’influence que l’Église, débarrassée de la tutelle de Byzance, va désormais exercer sur la politique de l’Europe, apparaît ici pour la première fois en pleine lumière. L’État ne peut désormais se passer de l’Église. Entre elle et lui se forme une association de services mutuels qui, les mêlant sans cesse l’un à l’autre, mêle aussi continuellement les questions spirituelles aux questions temporelles et fait de la religion un facteur essentiel de l’ordre politique. La reconstitution de l’Empire romain, en 800, est la manifestation définitive de cette situation nouvelle et le gage de sa durée dans l’avenir.
  • En 806, Carolus Ier des Francs organise un partage de ses territoires en trois royaumes attribués à ses trois fils légitimes : Carolus des Francs, Pippin Ier d’Italia et Hludowic Ier des Francs. En plus de l’Aquitaine, Hludowic Ier des Francs aura les régions de l’ancienne Gaule au sud du plateau de Langres, le Royaume de Bourgogneet le Royaume de Provence. Le titre impérial n’est attribué à personne. Mais ce projet est finalement inutile, puisque Pippin Ier d’Italia et Carolus des Francs meurent le 8 juillet 810 et le 4 décembre 811.
  • En septembre 813, Hludowic Ier des Francs est à Aachen Aix-la-Chapelle pour être proclamé impĕrātŏr augustus occĭdentālis par l’assemblée des grands, puis être couronné le 11 par Carolus Ier des Francs; c’est la dernière rencontre du père et du fils qui repart en Aquitaine.
    • En 813, il fait prendre, par cinq synodes provinciaux, une série de dispositions concernant l’organisation de l’Empire (pour plus de détails, cf. Concile de Tours, Concile de Mayence, Conciles d’Arles, Concile de Chalon).Au mois de septembre de cette même année 813, le susdit impĕrātŏr augustus occĭdentālis Carolus Ier des Francs réunit une grande assemblée du peuple au palais de Aachen Aix-la-Chapelle. Venant de tout son Royaume et Empire s’assemblèrent Évêques, Abbés, Comtes, Prêtres, Diacres et Assemblée des Francs auprès de l’empereur; et là ils élaborèrent quarante six chapitres sur ce qui était nécessaire à l’Église de Dieu et au peuple Chrétien. Ensuite se tint une assemblée avec les dits Évêques, Abbés, Comtes et nobles du Royaume franc, et ils firent de son fils Hludowic Ier des Francs un Roi et un Empereur. Ce à quoi tous consentirent pareillement, déclarant que cela était justifié ; et cela plut au peuple, et avec le consentement et l’acclamation de tout le peuple, il fit son fils Hludowic Ier des Francs – impĕrātŏr augustus occĭdentālis avec lui, et il perpétua l’empire par la couronne d’or, le peuple acclamant et criant: Vive l’Empereur Hludowic ! Et ce fut une grande joie dans le peuple ce jour-là.
  • En février 814, Hludowic Ier des Francs apprend la mort de son père alors qu’il se trouve dans son palais de Doué-la-Fontaine. Revenu à Aachen Aix-la-Chapelle après un voyage d’un mois, il procède à différents changements dans le personnel dirigeant, ses conseillers étant promus et ceux de son père écartés en particulier ses cousins Adalard et Wala. Il renvoie du palais un certain nombre de femmes qui s’y trouvaient, y compris ses sœurs qui sont placées dans des monastères. Contrairement à son père, il renonce à s’intituler encore regem Francorum – Roi des Francs et regem Francorum ītălĭæ – Roi des Francs d’Italie – Lombards; le seul titre qu’il porte est celui de impĕrātŏr augustus, indiquant par là que son autorité est aussi universelle que celle de l’Évêque de Rome Pape et s’étend comme elle à tous les chrétiens.
  • En juillet ou août 816, il est couronné et sacré par l’Évêque de Rome Étienne Vème en la Cathédrale Notre-Dame de Reims. Il est le premier monarque sacré à Reims, pratique suivie par presque tous les rois de France après lui.
  • Hludowic Ier des Francs se trouva tout de suite en présence d’une question qui avait été épargnée à son père et qui allait permettre d’éprouver la solidité de l’Empire. Il avait trois fils : Hlothar des Francs, Ludowic des Francs et Pippin des Francs. Comment fallait-il régler sa succession ? L’idée du partage égal entre les fils du souverain avait toujours été appliquée depuis l’origine de la monarchie franque. D’autre part, le pouvoir impérial était, par sa nature même, aussi indivisible que le pouvoir de l’Évêque de Rome. Fallait-il donc considérer l’Empire comme si indissolublement confondu avec l’État que la succession à celui-ci serait régi par le même principe que la succession à celui-là; ou bien, distinguant entre l’un et l’autre, procéder au partage de l’État, en réservant à l’un des héritiers l’autorité impériale ?
  • Hludowic Ier des Francs se décida en faveur d’une mesure qui, sans rompre entièrement avec la coutume du partage, la sacrifiait cependant au principe de l’unité. En juillet 817, par l’acte appelé Ordinatio Imperii, il s’associe comme co-régent de l’Empire Hlothar Ier des Francs, son fils aîné, et le désignait comme son héritier. Ses deux autres fils reçoivent des territoires restreints et subordonnés : Pippin Ier d’Aquitaine reçoit l’Aquitaine et Ludowic IIème des Francs la Bavière Ludowic germanicus. En agissant ainsi, Hludowic Ier des Francs se prononçait contre l’ancienne conception de la monarchie laïque telle que l’avaient pratiquée les Mérovingiens et en faveur de la nouvelle conception ecclésiastique de l’Empire.
  • Ces dispositions provoquent la révolte de son neveu Bernhard d’Italia, petit-fils de Carolus Ier des Francs Charlemagne, Roi d’Italia. Bernhard d’Italia est fait prisonnier et amené à Aachen Aix-la-Chapelle. Il est condamné à mort, gracié par son père Hludowic Ier des Francs, mais doit subir le châtiment de l’aveuglement. Il meurt deux jours après ce supplice. L’empereur, accablé de remords, se sentira obligé de faire publiquement pénitence mais seulement quatre ans plus tard en 822.
  • Peu de temps après la mort de Bernhard d’Italia, Hludowic Ier des Francs s’engage dans une campagne contre les Bretons ; Ermengardis de Hesbayes qui l’accompagne meurt le 3 octobre 818 à Angers où elle est inhumée. Hludowic Ier des Francs se remarie le 2 février 819 avec Judith d’Altdorf, de la dynastie des Welf, qui lui donne une fille, Gisela des Francs, et surtout un autre fils, Carolus IIème des Francs, Charles le Chauves. La naissance de Carolus des Francs remet en cause le partage de 817 : il faudra processionner ce nouveau descendant. Judith d’Altdorf s’allie avec Ludowic IIème des Francs et Pippin Ier d’Aquitaine et s’assure le concours d’une partie de l’aristocratie, pour réclamer le partage de la succession entre tous les fils de l’empereur. Très vite, Hlothar des Francs, bien que parrain de Carolus des Francs, refuse toute modification des décisions de 817 et rassemble autour de lui plusieurs aristocrates, formant un parti de l’unité impériale : un grand nombre d’Évêques de Gaule, en particulier Jonas d’Orléans et Frédéric d’Utrecht, ainsi que les comtes Hugues IIIème de Tours son beau-père, Mainfroi d’Orléans et Lambert IIème de Nantes.
  • De son côté, Judith d’Altdorf favorise l’ascension de sa famille : sa mère devient abbesse de Chelles, son frère Rodolphe abbé de Saint-Riquier et de Jumièges ; son frère Conrad devient abbé de Saint-Gall et épouse une fille d’Hugues de Tours ; sa sœur Emma épouse (827) Louis de Bavière.

    Au cours de ces années, un autre personnage joue un rôle de plus en plus important : le marquis de Septimanie, Bernard, fils de Guillaume de Gellone, un soutien de Judith et de Charles. Marié en 824 à Aix avec Dhuoda, il bénéficie ensuite de son action dans la défense de Barcelone attaquée par les Musulmans de Cordoue en 826, défense qu’il a dû mener seul malgré les disposition prises par l’empereur pour lui envoyer des renforts avec Hugues de Tours et Matfrid d’Orléans. Ceux-ci n’ayant pas agi conformément aux ordres sont destitués. Bernard de Septimanie devient un des principaux conseillers de l’empereur.
    Denier sous Louis Ier le Pieux frappé à Paris

    En 829, lors de l’assemblée annuelle, tenue à Worms, Louis le Pieux modifie sa succession pour y intégrer Charles, à qui sont attribués des territoires en Alsace, Rhétie et Bourgogne, avantages qui ont pour résultat d’amener Louis et Pépin à se rapprocher du parti de Lothaire. Celui-ci est privé de son titre de régent et s’en va en Italie soumettre sa querelle au pape28. Wala est également écarté (au monastère de Corbie), tandis que Bernard devient chambellan et reçoit la responsabilité de l’éducation de Charles.

    Suite à ces changements, Bernard de Septimanie et Judith sont l’objet d’une campagne de dénigrement de la part des partisans de Lothaire dirigés par Wala : à l’extrême, ils sont accusés d’adultère, voire de sorcellerie et de tentative d’assassinat. Bernard est accusé d’accaparer tout le pouvoir à Aix, au détriment d’un empereur trompé et envoûté29.

  • Après la mort de Hludowic Ier des Francs, il reste trois fils vivants, Hlothar Ier des Francs, fils aîné et héritier du titre impĕrātŏr augustus occĭdentālis, Louis roi de Bavière, Charles roi de Francie occidentale. Hlothar Ier des Francs choisit de ne pas respecter tous les traités signés et tente de mettre la main sur la totalité de l’empire, jugeant qu’il lui revient de droit, en tant que fils aîné. Les trois frères entrent en guerre ouverte les uns contre les autres. Le 25 juin 841, ils se rencontrent à côté d’Auxerre et se livrent une des batailles les plus meurtrières du haut Moyen Âge. Cette bataille voit la défaite de Lothaire, et l’aristocratie franque est presque entièrement détruite. Cependant, le nouvel empereur, malgré son armée en déroute, refuse de se rendre. Le 14 février 842, Louis et Charles concluent alors un accord connu sous le nom de serments de Strasbourg. Les deux rois jurent de se porter mutuelle assistance contre les actes de leur frère aîné et de ne pas chercher à se nuire l’un l’autre. Suite à ce serment, un nouvel accord est conclu, le traité de Verdun, en 843, qui divise le territoire d’est en ouest en trois royaumes :

    Charles II le Chauve reçoit la Francie occidentale (qui deviendra le royaume de France en 1205) ;
    Lothaire Ier, à qui échoit le titre impérial, reçoit la Francie médiane, la Lotharingie qui va du centre de l’Italie à la Frise ;
    Louis le Germanique reçoit la Francie orientale (communément nommée Germanie).

    Cependant, le titre impérial se vide de son importance : après le partage de Verdun, Lothaire conserve la dignité impériale, mais dans les faits celle-ci n’est plus qu’une convention qui ne correspond plus à aucun pouvoir qui soit supérieur à celui des autres rois. Plusieurs fois au cours du Xe siècle, le titre est même vacant. Il faut ensuite attendre 962 pour que le titre d’empereur renaisse en Occident : Otton le Grand, de la dynastie saxonne en Germanie, est couronné par le pape Jean XII à Rome.

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